COM-5: Le Massif du KARTHALA

Massif du Karthala: Zone de conservation prioritaire pour la biodiversité des Comores

  1. Localisation et description

Culminant à 2360 m d’altitude et situé au centre sud de l’île de Grande Comores (Ngazidja), le mont Karthala est un volcan du quaternaire dont le massif couvre une partie importante de l’île. Ce volcan est surtout célèbre pour sa caldeira de plus de trois kilomètres de diamètre. Le massif du Karthala est subdivisé en deux grandes forêts. Située sur les versants est et ouest du volcan à partir de 800 m d’altitude, la forêt du Karthala est dense et humide sur les grandes pentes occidentales et sèche sur la partie orientale.

Le versant occidental. Trois grands niveaux de strates végétatives constituent la forêt de ce versant. Etant exposé du côté aux vents humides, dont les précipitations annuelles varient entre 2000 et 6000 mm, est constitué par :

  • Entre 600 et 1200 m (forêt dense de 15 à 25 m de moyenne altitude), dominé par des espèces indigènes comme des fougères arborescentes isolées, des épiphytes, des orchidées, une bananeraie, des cultures maraîchères et tubercules. C’est la zone d’agroforesterie par excellence avec une dominance d’espèces exotiques
  • Entre 1200 et 1800 m (grande forêt de 30 m de haute altitude), c’est une forêt de type tropicale avec la présence de Khaya, Nuxia, Macaranga, Olea, Dombeya, Tambourissas, Polyscias, Ficus, Anthocleista, Brachylaena ramiflora, des fougères arborescentes, des orchidées.
  • Entre 1800 et 2000 m, le sommet est composé d’une steppe arborée de 6 à 8 m plus ou moins homogène. La taille de la végétation va en diminuant vers le sommet et la caldeira. Deux espèces de Philippia dominent la végétation: il s’agit de Philippia comorensis et Philippia montana. Des Helichrysum et Senecio sp. font également partie de cette végétation.
  1. Une diversité biologique remarquable

La forêt du Karthala est considérée comme étant le réservoir principal de la diversité biologique terrestre des Comores. Ses écosystèmes sont des réserves très riches en biodiversité et abritent plusieurs espèces endémiques et/ou menacées. Au niveau floristique, toutes les espèces sont protégées par la réglementation comorienne. C’est le cas de Neckeropsis pocsii et du palmier géant Ravenea moorei, qui sont en danger critique selon l’IUCN. Au niveau de l’avifaune dans les forêts denses de haute altitude, on note la présence du Gobemouche des Comores endémique (Humblotia flavirostris) EN (en danger), le Zostérops du Mont-Karthala (Zosterops mouroniensis) EN et le Petit-duc du Karthala (Otus pauliani) CR (en danger critique). Deux papillons les plus vulnérables des Comores, Papilio aristophontes et Amauris comorana sont également présents dans le massif forestier.

       3. Les dispositifs de conservation

Plusieurs outils stratégiques portant sur la conservation de la biodiversité et permettant d’accompagner et promouvoir des actions de conservation dans la forêt du Karthala sont disponibles.

  • Le Parc naturel du Karthala.

Le Karthala fait partite des sites retenus du Réseau National d’Aires protégés des Comores actuellement en cours de mise en œuvre, financé par le GEF/PNUD.

  • Une Zone importante pour la conservation des oiseaux ou Important Bird Area (IBA)

En 2000, Birdlife International a classé la forêt du Karthala IBA au vu de son importance et sa richesse en diversité en avifaune. En effet, l’objectif principal des IBA est la mise en place d’un réseau mondial d’habitats protégés, permettant d’assurer la conservation à long terme des espèces d’oiseaux menacées.

  • Un Site Ramsar

En 2006, le Karthala a été inscrite comme zones humides d’importance majeure par la Convention Ramsar. Cette distinction est une opportunité de lever des fonds auprès de bailleurs intervenant dans les thématiques de conservation de la biodiversité.

  • Une Zone de Conservation Prioritaire pour le CEPF

Le Karthala fait partie de la Zone Clé pour la conservation de la biodiversité (ZCB) du CEPF parmi les 20 sites que compte l’archipel des Comores.

  • Une Aire Protégée Communautaire (APA)

Certains sites du Karthala ont été classés comme APA par le Small Grants Programme et pourront bénéficier des fonds de ce programme du GEF.

  1. Liste des espèces protégées par la réglementation comorienne et/ou inscrite dans la liste rouge de l’UICN [1]

zcp_karthala_tab1   zcp_karthala_tab2

[1] Liste non exhaustive

5. Cartographie

Cartes représentant la délimitation, le zonage et la caractérisation écologique de la forêt du Karthala[1] :

16-villages-riverains

Localisation des 16 principaux villages exploitant la forêt du Karthala

repartition-altitudinale-vegetation

Répartition altitudinale de la végétation suivant la typologie

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Evolution spacio-temporelle de 1969 – 2010

zonage-potentielle-en-ap-terrestre

Zonage potentielle de la forêt du Karthala en Parc National Terrestre

[1] Extrait du Rapport du PNUD sur l’« Etude écologique et cartographique de la Forêt de Karthala en Aire Protégée terrestre »

6. Menaces

Plusieurs menaces, notamment d’origine anthropique, ont été identifiées :

  • Besoin croissant en terres agricoles accentué par la croissance démographique et la perte de la fertilité du sol
  • Coupe fréquente du bois : bois de construction d’ébénisterie, feux de forêt
  • Installation et croissance des espèces exotiques envahissantes dont les plus menaçantes à ce jour sont Psidium Catteylnium, et Clidemia hirta, …
  • Feux de brousse dans les prairies de haute altitude
  • Divagation des animaux (zébus) dans les forêts et prairies de haute altitude.
  1. Opportunités

Voici quelques indications pour concevoir des projets éligibles relatif à cette ZCB (zone clé de la biodiversité), conformes aux trois Directions Stratégiques et leurs priorités d’investissement du Profil d’ Ecosystème du Hotspot de biodiversité Madagascar et des îles de l’Océan Indien.

I. Inventaire de la diversité biologique faunistique et floristique

Un tel travail mené par des spécialistes, chercheurs, enseignants-chercheurs et étudiants apporterait une meilleure connaissance du site et une répartition de sa biodiversité. Il s’inscrirait également dans une dynamique de vulgarisation des connaissances au profit des acteurs de l’environnement, des guides touristiques et amateurs de la diversité biologique de l’archipel ainsi qu’aux acteurs locaux qui interviennent dans le processus de mise en place d’un réseau national d’aire protégée.

II. Promotion d’une agriculture respectueuse de l’environnement

A l’instar d’une pratique agropastorale forestière en établissant de très bons indicateurs de suivis sur l’évolution de la diversité biologique au niveau des parcelles agricoles faisant l’objet de l’étude ainsi que d’autres indicateurs portant sur l’amélioration des conditions des vies et d’existence des usagers de ces parcelles.

III. Développement de l’écotourisme 

  • Par une meilleure connaissance de la biodiversité grâce aux espèces phares dans un intérêt écotouristique
  • Mise en place de sentiers pédestres des randonneurs, formation de guides écotouristique
  • Promotion d’un partenariat entre les opérateurs touristiques et la communauté locale.

Des activités de substitution

Atténuer la déforestation en développant des activités de substitution qui génèrent des revenus aux agriculteurs, bûcherons à l’instar des productions de miel, l’acquisition d’un cheptel de vaches laitières et l’appui à la filière maraîchère pratiquée à basse altitude.